Carnet de route

Raid à VTT en Sierra de Guara

Le 24/10/2009 par Ghislaine de Rincquesen

Un raid itinérant à VTT ? Surtout pas, me direz-vous… Dans une région montagneuse, en plus ? C'est réservé aux "grosses cuisses", aux pros de la pédale, aux amateurs de méga "bavantes"… Et puis, il y a le problème du poids du sac ! Les sherpas à VTT ne courent pas les rues... Sans compter les ennuis mécaniques ! Et les crevaisons à répétition ! En tout cas, c'est pas pour moi…

N'empêche, l'envie de découvrir une région à VTT me taquinait depuis longtemps : le VTT permet de couvrir de plus grandes distances qu'à pied, tout en restant à l'écart des routes et de la civilisation, et il procure de plus grandes sensations que les raids pédestres. Et quand je parle de sensations, je ne parle pas des courbatures aux cuisses ou de la longue caresse répétée de la selle sur les parties intimes de notre anatomie… Je parle de la sensation de liberté qu'il y a à pédaler sans grand monde autour de soi, je parle de l'ivresse des beaux paysages, et du plaisir des descentes, que l'on dévale de bonnes pistes à fond la caisse ou en s'arrêtant à chaque virage pour jouir du panorama ; ou que l'on s'amuse à piloter entre les obstacles naturels dans les descentes techniques.

Donc, j'ai essayé. Testé et approuvé pour vous…  Et pourtant, la taille de mes cuisses est tout à fait raisonnable, je ne pratique le VTT que l'été, en amateur, et je ne suis pas maso… Et en plus, je suis une fille. Et blonde, de surcroît !

Le problème du sac ? C'est est un si l'on veut camper et être complètement autonome. Dans ce cas là, la seule solution, c'est la carriole que l'on tire derrière soi, ce qui limite le type de terrain que l'on peut traverser. Mais on peut faire sans, car même en moyenne montagne, le VTT permet de couvrir pas mal de kilomètres. On peut alors aisément gagner un village ou un refuge, où l'on pourra dormir, se nourrir et acheter le sandwich du lendemain. Et dans ce cas, le sac à dos que l'on porte sur ses frêles épaules est à peine plus lourd que celui dont on a besoin pour la journée. Je m'explique : quand vous partez pédaler dans nos montagnes, je suppose que vous emportez de toute façon quelques vivres de course, de l'eau, un coupe vent, une laine polaire, une pharmacie et un peu de matériel pour bricoler votre machine en cas de pépin. Pour un raid itinérant, vous n'avez guère besoin d'ajouter que votre brosse à dent, un bout de savon de marseille,  un tee-shirt + short ou pantalon pour le soir, un drap de soie et une frontale. Si vous êtes du genre soigné, ou si vous vous aventurez dans des contrées pluvieuses, vous prendrez  un cuissard et maillot de rechange en plus, et votre trousse de maquillage, mais le tout n'excèdera guère un kilo supplémentaire par rapport au sac d'une journée.

Réservé aux "grosses cuisses" ? Tout dépend du terrain que l'on choisit, de la dénivelée, de la distance et du rythme. C'est donc un faux problème. Il suffit d'adapter l'itinéraire à ses goûts et ses compétences.

Les ennuis mécaniques ? Certes, il vaut mieux vaut faire une bonne révision de sa monture avant de partir, et investir dans du matériel de qualité. Mais le peu d'expérience que j'ai accumulée (quatre raids de 8 jours chacun, sur des terrains et sous des climats très différents) me laisse croire que la trousse à outils à emporter reste minimale, surtout si elle est partagée entre les membres du groupe : chambre à air et rustines, patte de dérailleur, maillon rapide et dérive chaîne, rayon et dévoile-roue, outil multi-fonctions, huile et chiffon, et de quoi réparer un pneu si on ne veut pas en emporter un de rechange. Bref, pas grand chose de plus, encore une fois, que pour une sortie à la journée en montagne – juste le rayon, l'huile et le chiffon.

Les crevaisons à répétition ? Je me souviens d'une sortie aux Riglos ou nous avions battu tous les records, avec 17 crevaisons à 4 en 20 kms… Mais si vous utilisez des chambres à air auto-réparantes  le problème deviendra de l'histoire ancienne (marque Slime – je n'ai pas d'actions). Le principe en est le même que celui du gel que l'on ajoute aux pneus tubeless et qui colmate les petits trous au contact de l'air. Leur prix et leur poids sont plus élevés que les chambres à air ordinaires, mais vous y trouverez largement votre compte. J'ai fait près de 2000 km cette saison, sans crever une seule fois…

Bref, j'espère vous avoir convaincus... Et en guise d'exemple, quelques mots sur le mini-raid que je viens de faire fin octobre avec 3 compagnons de fortune, tous membres du CAF de Pau. L'objectif était de faire le tour de la Sierra de Guara à VTT en 4 jours, sans assistance, en logeant en gîte. Patrick, à l'initiative du projet, avait trouvé un vague topo sur Internet. Ce topo a servi de point de départ à notre itinéraire, mais la connaissance du terrain qu'avaient Patrick et Sophie s'est avérée précieuse...

Nous sommes partis de Santa Eulalia la Mayor, au nord ouest de Huesca, à 800 m d'altitude. Rude montée dans le village pour gagner une piste qui s'élève, puis redescend jusqu'à la route qui mène au barrage du lac de Vadiello. De là, on emprunte une belle piste qui nous conduit tranquillement au village de Aguas. Là, les ennuis commencent : sur la carte (Editorial Pirineo 1998 au 40.000), une unique et magnifique piste va à Sieso de Huesca en passant près de Labata. Sur le terrain, c'est une autre paire de manche… Les pistes sont légion, mais mènent le plus souvent à des champs. A croire que les Espagnols cultivent leurs pistes pour gagner un peu de terrain ! Après moult demi-tours, nous avons fini par gagner Labata par la route, puis erré de nouveau sur les pistes jusqu'à l'ermitage de Santa Lucia, et fait les derniers kilomètres jusqu'à Sieso par la route… Un autre itinéraire passant par Panzano est donc à envisager pour éviter le bitume. A Casbas de Huesca, nous avons emprunté une piste qui descend sur le rio, passe un double gué, remonte et permet de gagner Alberuela de la Liena, où nous avons fait étape. Comme il n'était que 15h, nous sommes allés boire une bière au magnifique village d'Alquezar, en empruntant la piste qui va jusqu'à Radiquero. Nous en avons profité pour acheter de quoi "saussissonner" le lendemain. Le soir, dégustation d'agneau dans un petit hôtel confortable. Ce jour là, nous avons fait 63 km, 990 m de dénivelée positive et 1230m de dénivelée négative, mais ces chiffres ne sont pas fiables, car nous avons fait pas mal d'aller-retour, et le crochet jusqu'à Alquezar rajoute une bonne quinzaine de km. Le terrain ne présentait aucune difficulté technique. Les paysages étaient très variés, et le passage du gué amusant – surtout quand on a vu Patrick s'étaler dans l'eau !

Le deuxième jour s'annonçait physiquement difficile, car il comportait une grosse montée d'un seul coup. En quittant Alberuela, nous avons gagné Radiquero en évitant la route comme la veille, puis emprunté la longue piste qui monte au nord jusqu'à 1390m d'altitude, via San Pelegrin et Meson de Sebil. Ca monte, mais le terrain est "roulant", et ça n'a rien d'insurmontable si on pédale tranquillement. En tout cas, ces deux heures d'effort sont largement récompensées : une fois au col, nous nous retrouvons sur une magnifique piste en crête, plongeant d'un côté sur le canyon de Balces, ouvrant de l'autre sur les trois mille de Gavarnie et du Luchonnais. On voyait même l'Ossau ! Après cette indigestion d'images sublimes, descente sans encombres sur une piste facile mais très caillouteuse jusqu'à Sarsa de Surta pour gagner Paules, où nous avons fait étape. Ce jour là, nous avons parcouru 32 km, avec 1025 m de dénivelée positive et 765m de dénivelée négative. Aucune difficulté technique.

Le troisième jour, armés du pique-nique étouffe-chrétien fourni par le gîte El Condor, nous nous échauffons sur quelques kilomètres de bitume en pente douce avant de retrouver les pistes. Nous passons par Sarsa de Surta, Casas del Gallinero, las Bellostas, San Hipolito et Letosa. Là, nous décidons de gagner le village abandonné d'Otin, et même de faire un petit crochet jusqu'au Dolmen de Losa Mora. Du coup, le confort des pistes bien roulantes se transforme en petites sentes ludiques dans des paysages de rêve. Après quelques pitreries sur le dolmen, nous gagnons Nasarre. Quelques cafouillages pour trouver le chemin qui descend sur Bara : l'embranchement est bien plus loin que ce qu'indique la carte ! La descente sur Bara est techniquement difficile. Nous devons descendre de vélo à plusieurs reprises, mais j'apprécie cet intermède amusant qui rompt la relative monotonie des pistes. De Bara, nous gagnons San Urbes par une longue piste aujourd'hui goudronnée qui traverse une magnifique forêt dominée par le Tozal de Guara. Dernier petit effort pour monter jusqu'à l'étape du jour, à l'ermitage de San Urbez, après 40 km, 1015 m de dénivelée positive et 845m de descente. Le terrain ayant été techniquement plus difficile, nous sommes un peu fatigués, mais le gîte est confortable, admirablement situé en face du Tozal de Guara, et l'accueil est chaleureux.

Le dernier jour, nous snobons Nocito par le nord pour gagner par la route un col plein est à 1170m. Là commence une longue descente, hélas sur le goudron, le long de gorges aussi magnifiques que vertigineuses, jusqu'au lac de Belsué. Peu avant le lac, nous bifurquons sur une sente qui longe la rive est du lac en balcon, puis monte jusqu'au col de los Paules. Le passage au-dessus du lac est globalement roulant et très beau, mais un gros portage nous attend dans la montée, histoire d'essayer quelle est la meilleure technique : pousser le vélo sur deux roues, sur une roue, le porter à moitié, complètement, sur l'épaule, sur le dos… Pour Sophie, ça ne change pas grand chose, parce que la roue libre de son vélo est cassée, et elle est condamnée à pousser sa monture depuis le lac ! Personnellement, j'opte pour le vélo sur le sac à dos, ce qui me permet de marcher naturellement, à rythme régulier, en me disant que ce sentier pédestre ferait une excellente descente à vélo, ludique à souhait... Au bout de trois quarts d'heure d'efforts, nous parvenons sur un superbe plateau herbeux, où nous décidons de faire un sort au copieux pique-nique fourni par le gîte. Au bout de ce plateau, nous retrouvons l'immense panorama de l'avant-veille, ouvrant sur toutes les Pyrénées. Dans la descente, Sophie peut rouler sur son VTT, il suffit que l'un de nous la pousse légèrement quand ça remonte un peu. Je prête mon vélo tout suspendu à Jacques pour qu'il l'essaye et file à fond la caisse jusqu'à la petite montée suivante… où je me rends compte que la chaîne, pourtant neuve, a disparu ! Sans que je ne me rende compte de rien - ni moi ni les trois qui me suivaient ! Nous décidons de ne pas remonter la chercher… et Jacques vient tenir compagnie à Sophie pour gagner à pied le Cuello Bail, notre dernier obstacle. A mi-pente, je m'arrête les attendre pour leur proposer mon vélo. Ils le dédaignent et préfèrent couper les deux derniers lacets par un raccourci exténuant. Je continue tranquillement à vélo sur la piste, ce qui me vaut un détour de 3 km, mais me permet d'arriver fraîche au sommet… Reste une dernière descente plein sud sur une bonne piste pour boucler notre circuit et regagner Santa Eulalia, après 40km, 990 m de dénivelée positive et 1200 m de dénivelée négative. A noter qu'il est possible d'éviter la séquence portage et les grandes portions de route en passant par l'itinéraire VTT qui part de Nocito et gagne le Cuello Salillas, mais l'option que nous avons retenue était esthétiquement fort réussie !

Merci à Jacques, Sophie et Patrick pour leur agréable compagnie et leur connaissance de la Sierra de Guara. Et merci à tous nos hôtes du soir, à la fois charmants et bons cuisiniers...

Bilan total : 175 km, 4020 m de dénivelée, environ 17h de vélo en tout. Et aucune crevaison !







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