Carnet de route

Echappée belle au pays de l'or blanc

Le 25/02/2013 par Nadine

 

 Nous quittons Pau le samedi 9 février à 8 heures, avec un certain doute, car le temps est franchement très mauvais, la neige en surabondance  et les prévisions pour les jours à venir, en Ariège, sont inquiétantes. Nous ne savons pas trop vers quoi nous nous engageons, et bien, je vous le dis tout de suite, toutes nos inquiétudes ont été largement balayées !
 
LES ROUTES DE L’EXTREME  
 
Ou – comment conduire sur 16 km de route complètement enneigée, raide (1300 m de dénivelé), quand on n’a pas l’habitude de ce genre de sport.
Ou – comment se sortir d’une roue bloquée parce que Josette a tiré le frein à main, alors qu’il fait – 10° et un blizzard à arracher le bonnet ?
(Réponse : on secoue à plusieurs la voiture, et ça finit par  marcher !)
 Ou – comment mettre des chaînes neuves qu’on n’a jamais mises, dans les mêmes conditions !
 
CHACUN SON TRUC
Nous ne nous connaissions pas tous au départ et nous avons formé une super équipe, chacun apportant sa particularité.
 
- Josette :
pur produit de la vallée d’Ossau, traceuse infatigable, spécialiste des fou-rires et du langage des signes. Secouriste attitrée de Christian, a un sens de l’orientation à perfectionner.
-  Danielle :
Elle aussi, pur produit de la Vallée d’Ossau, serre-file du groupe. Connaît par cœur toutes les chansons béarnaises et beaucoup d’autres, qu’elle chante avec une voix cristalline.
- Jeanine :
Elle aussi, pur produit de la Vallée d’Ossau, chargée de la relation avec les anges gardiens de la sécurité de la station de Beille, chef de chœur méritant.
- Christian :
Spécialiste des chutes en neige profonde, a toujours besoin de Josette pour s’en sortir, discussions passionnantes sur les relations humaines, très attentif au bien-être de chacun.
- Guy :
Expert en Taï Chi  Chouan, ( normal pour un vendéen ). Nous a fait ré-intégrer une planète que nous quittons souvent, appelée nous-même. A donné un aperçu de sa voix de ténor,  en chantant l’Albatros, de Charles Beaudelaire en duo avec…
- Nadine :
C’est-à-dire moi-même, géo du séjour, toujours à l’affût de la meilleure photo.
Duo avec Guy, et la spécialiste des blagues rigolotes.
 
Maintenant que les présentations sont faites, je vais vous faire le récit de ces 5 jours fabuleux.
 
LE PLATEAU DE BEILLE
 
- Les nuits des 9/10 et 10/11 février se passent au gîte des Oustalous  aux Cabannes, petit village montagnard à 550m d’altitude, au pied du Plateau de Beille. Rudimentaire mais tout ce qu’il faut, pratiquement seuls, 12 euros la nuit.. Même la télé pour regarder le match de rugby France/Irlande  devant un verre de muscat.
 
La route pour grimper au Plateau de Beille l’après-midi nous a donné des frissons, route de l’extrême, on ne fait la différence avec rien du tout, tout est blanc, du sol au plafond ! Grand silence pendant 45 minutes dans la voiture et un grand Ouf ! de soulagement à la vue du parking.
 
- Randonnée sur la pise de la Soulanne, la seule ouverte. Nous tissons des liens avec un pisteur, on vous dira comment de vive voix….. 2 heures de marche dans un paysage à couper le souffle. Le soleil arrive, nous avons rarement vu quelque chose d’aussi féerique, les sapins disparaissent sous la neige, nous sommes presque seuls.
 
Retour à la station où nous retrouvons le pisteur-secouriste dont nous ne connaîtrons pas le nom. Il a repéré Jeanine et sa spontanéité.
 
-   Le soir, grosses chutes neige, nous sommes bien au chaud, nous nous régalons avec les produits de la vallée d’Ossau, partage, rires, chants, discussions, bougie, nous sommes bien.
 
-   Le lendemain dimanche, après une petite halte au marché en plein air du village, nous reprenons la route de l’extrême (ça me plaît bien). Nous sommes encore très contractés. Guy double 2 voitures qui risquent de nous mettre en difficulté, nous sommes très tendus mais on y arrive Ouf ! Encore. Et bravo à Guy et à Josette pour leur sang-froid.
 
- Et là, c’est du beau temps, froid et venté mais ensoleillé, quelle chance, car nous savons qu’à Pau, c’est le déluge !
 
- Nous faisons de nouveau la Soulane puis la Passejade,  (appelée passe de Jade par Christian) et une partie de la piste de l’Ours qui n’est pas ouverte et que nous traçons pendant 30 minutes environ. On s’arrête quand on ne voit plus les piquets, enfouis sous la neige.  Nous avons toutes les Pyrénées Ariègeoises en face de nous, écrins de beauté. Il nous semble reconnaître des sommets, ils sont tellement enneigés et nous n’avons pas l’habitude de les voir dans ce sens : Aneto, Moncalm, Pique d’Estats ? Vallier ? on verra ça plus tard….. peut-être.
 
Petit malentendu, 3 n’ont pas pris leur casse-croûte. Après un court instant de flottement le vieil adage est vérifié, lorsqu’il y en a pour trois il y en a pour six. Bonne surprise, Christian qui avait laissé son pique-nique à la voiture avait pensé à emporter sa fiole de vin rouge.
 
- Retour à la station où nous faisons une pause. Nous  retrouvons notre ami de la veille qui cherche Jeanine, cette dernière est partie se renseigner sur les tarifs des promenades avec les chiens de traîneau. Nous fomentons un coup c’est un peu long à raconter, mais au final, Jeanine arrive à la voiture couverte de neige, hilare.  Elle s’est faite rouler dans la poudreuse. «  P .., j’ai échappé au pire ! »
 
Grosse rigolade, nous sommes comme des gamins, on voulait favoriser une idylle, ça ne marche pas à tous les coups !
 
Le lendemain lundi 11, journée de transfert. Nous montons à Ax-les-Thermes, la neige est abondante et nous avons du mal à nous garer. Bains de pieds dans la piscine des ladres, réputée pour soigner les lépreux. Si nos ongles abîmés par les chaussures de montagne guérissent, on vous le dira. Source d’eau à 77°C, très soufrée, visite de la ville sous la neige, resto sympa, «  la p’tite fringale », bon, chaleureux  et pas cher. Nous vous le recommandons. 
Puis, montée au col du Chioula, 1430m, 8km de route, par chance, nous suivons un chasse neige.
 
LE REFUGE DU CHIOULA 
 
Nous voilà dans des bois ensevelis. La neige tombe et le vent souffle. Nous sommes seuls, éblouis par tant de beauté sauvage. La piste est tracée. Nous débouchons, une heure plus tard, sur un plateau balayé par les vents et nous tombons en émerveillement devant ce refuge à peine visible, enfoui sous des mètres de neige à 1600m d’altitude. Nous n’en croyons pas notre bonheur. Nous pénétrons à l’intérieur par une tranchée que Alvarro, le gardien a creusée. Nous posons nos affaires et le soleil revient. Tout nous sourit. Nous montons à la Pointe du Roc, la dent d’Orlu est juste en face de nous. Josette trace, à tous points de vue. Nous traversons des forêts de cristal, la lumière est diaphane. C’est hors du temps. Le soleil se couche, c’est un premier soir du monde.
 
Retour au refuge, nous serons tout seul pendant les 2 nuits, le pied ! Beau refuge neuf, propre, chauffé au bois. Nous creusons un passage dans la neige pour aller chercher les bûches pour le poêle. Alvarro nous préparera de bons repas et des petits déjeuners extra. Tout va bien, on chante, on rit, on  raconte des histoires, puis dodo. Il nous faut 3 couvertures pour être au chaud.
 
Et voilà, le lendemain, tout a changé ! Il est tombé 40 cm de neige, le blizzard souffle, il fait très très froid, il y a du brouillard. Qu’est-ce qu’on peut faire ? 
 
D’abord, prendre un bon petit-déjeuner pour réfléchir. Christian entreprend de téléphoner au pisteur (un autre !) pour lui demander conseil. Il n’y a qu’une piste ouverte, celle que nous avons suivie hier pour monter au refuge. Avant de partir, Alvarro nous demande d’aller relever la hauteur des chutes de neige à la station météo. Danielle déneige, En fait de chute, Guy va tomber dans un puits sans fond ( bon, j’exagère un peu ), suivi par Christian tiré de ce mauvais pas par Josette et par moi, qui, raquettes aux pieds, voulant immortaliser ce moment comique m’enfonce presque jusqu’à la taille, l’appareil à la main et la main sans le gant. J’ai eu une pensée émue et solidaire pour ceux qui ont les mains gelées.
 Alors, nous voilà sur la piste du retour qu’il faut retracer, on la devine à peine. Je suppose que c’est encore Josette  qui  trace, moi, je suis serre-file avec Danielle. Le soleil est de retour en même temps que nous à la station. Ballade au signal du Chioula, il faut tracer, encore et toujours, nous le faisons à tour de rôle. Un lièvre à grandes oreilles détale devant nous. Son terrier est creusé dans la neige, c’est touchant de voir comme ces petites bêtes sont dans la survie, l’hiver..
 
Casse-croûte dans la salle hors-sac, il y fait bon. Des jeunes de l’UNSS de Narbonne font une compétition de Biathlon, ils tirent au fusil laser, ils sont sympas.
 
Et nous voilà repartis à la maison, je veux dire au refuge. Nous passons par les crêtes, car la piste a été tracée, toujours aussi grandiose. Arrivée au refuge, nous discutons avec un jeune couple de Pau, et le pisteur. Puis, pause devant le poêle, bières, tisanes, lectures, silence. Nous sommes fatigués. Ce ne sont ni les dénivelées, ni les distances qui nous épuisent, mais ce corps à corps, cette lutte permanente contre les éléments. Nous avons exploité au maximum les possibilités du terrain et les nôtres et tout cela a éveillé beaucoup d’émotions et de sentiments profonds, nous réconciliant avec la vie et avec le monde.
Le soir, Alvarro nous prépare un vrai repas de refuge : Pommes de terre bouillies recouvertes de fromage fondu, charcuterie familiale, salade et tarte aux pommes.
Ce soir, il a envie de parler. Il nous raconte son travail dans une réserve de protection de tortues au Nicaragua. Il explique la contre-bande, la police, le saccage, les voleurs, les œufs dont le prix équivaut celui de la cocaïne, les dangers, la perte des illusions.
 
Il a 3 enfants dans son pays, et sa nouvelle femme, Laurence, attend le 2° pour bientôt.
Il est infatigable, pas nous. Il nous dit qu’il supporte mal la solitude dans ce refuge quand elle dure trop longtemps. Alors, nous lui prêtons une oreille attentive, et adieu la soirée chansons que nous avions prévue !
 
Le mercredi 13, jour de notre retour, encore jour blanc, il fait moins froid on dirait. Nous repartons à la pointe du Roc et nous en faisons le tour. Je crois que c’est toujours Josette qui trace. On ne peut pas la remplacer car elle est trop loin devant ! Puis retour à la station, pause dans la salle hors sac.
Dernière épreuve, le déneigeage et dégelage des voitures. C’est là que les pelles ont été les bienvenues.
Nous quittons le col du Chioula vers 15h. Après une brève halte pour récupérer de l’eau soufrée à Ax-les-Thermes, nous prenons la route.
Trois heures plus tard, nous arrivons à Pau. Calcul des kilomètres, 560 aller et retour et règlement du transport.
Christian  s’échappe rapidement  pour préparer son voyage en Inde, nous, nous prenons une boisson chaude, évoquons ces heureux moments de partage et notre chance de pouvoir vivre des instants aussi intenses. 
 
Certes nous n’avons pas pu faire toutes les pistes et le climat a été très rude,
mais nous on a adoré !
 






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