Carnet de route

Le Mercantour, ça vaut l'détour !

Le 23/02/2008 par Ghislaine de Rincquesen

"Heureux qui comme Ulysse"… Les téméraires cafistes palois qui osent s'aventurer hors de leur Béarn natal ou d'adoption rentrent bien souvent au bercail armé d'un nouvel adage illustrant la sagesse d'Ulysse qui retourne prudemment chez lui où tout est finalement bien mieux. Du genre: "l'Ariège, c'est le piège". "La Cerdagne, le bagne". Adages qui, comme chacun sait, sont l'émanation d'une sagesse populaire toujours fondée… Si c'est le cas, et mon expérience personnelle dans la partie orientale des Pyrénées tendrait à le prouver, l'adage qui vient conclure l'expédition au Mercantour vécue par douze palois bouleverse profondément la philosophie d'Ulysse et des Béarnais : "Le Mercantour, ça vaut l'détour".

Ca vaut l'détour pour deux raisons : La première, c'est que le soleil, la neige, les belles combes et les beaux paysages ne sont pas une exclusivité béarnaise: il y en a aussi dans le Mercantour. Surprenant, non ? Mon honnêteté intellectuelle me contraint même à dire qu'il y en a même plutôt plus…(du moins cette année.) La deuxième, c'est que notre séjour a prouvé que les raquettistes ont certes des mœurs bizarres et des pratiques ambulatoires tortueuses et masochistes, mais ils constituent néanmoins une espèce fort fréquentable ! Surtout le soir pour se rincer la bouche ! On a même mangé avec eux ! A la même table ! Tous les soirs ! Pire encore, on a fait quelques balades ensemble ! (Pour ceux qui s'inquiéteraient de mon état de santé mentale de skieuse invétérée, je tiens néanmoins à préciser que cette cohabitation n'était que partielle : chaque groupe faisait sa propre course, sous la houlette de Jacky Gaüzère pour les raquetteurs, et sous celle de Roger Pourtau pour les skieurs. Les itinéraires communs n'étaient que partiels, et chacun faisait sa trace. On n'allait quand même pas mettre si brutalement fin à l'apartheid !

A cet extraordinaire bilan s'ajoutent :

- L'ascension la Tête sud des Bresses (2824m), de la Cime Ouest de Fenestre (2662m), de la Cime Guilhé (2999m),  de la Cime de Juisse (2580m), du col de Cerise (2543m) avec petite incursion en Italie, et de la Cime de l'Agnel (2925m – 150 m sous le sommet pour avoir de la bonne neige à la descente.) Les raquetteurs ont randonné autour du Lac Nègre, du col Cerise, du Pas des Ladres, de la Cime du Pisset, du refuge de la Cougourde et dans un autre secteur avec le brouillard.

- La rencontre avec les Cafistes niçois. Du moins, le matin au départ, après, ça n'était que des petits points loin devant nous… On comprend mieux pourquoi Roger va si vite ! Il a été à bonne école ! Mention spéciale pour Huguette, version locale de notre célèbre Marinette  – infatigable et impressionnante. Et bien sûr pour le bel Aldo, sans lequel Marie-Jeanne, de son propre aveu, ne serait pas montée au sommet du Guilhé (elle va faire des jalouses!!!).

- Des découvertes linguistiques : en patois niçois, "isard" se dit "chamois" et "pause repas" se dit "y-a-pas-d'pause"…

- La vocation de chef de course de Cécile Guénard, qui nous a fortement impressionnés… Allez Cécile, lance-toi !

- L'amorce de la conversion des raquetteurs qui se sont essayés au ski de fond le dernier jour : c'est un début…

- Une bonne dizaine de kilos supplémentaires, répartis sur les hanches et les abdominaux Kronembourg des membres du groupe. La faute à l'équipe de Daniel, propriétaire du gîte: on mangeait trop bien, et la moyenne journalière de 1347m de dénivelée positive (pour les skieurs – y'a quand même une hiérarchie !) ne suffisait manifestement pas à brûler toutes les calories ingurgitées. Le groupe avait pourtant de vives inquiétudes à ce sujet, à voir l'alimentation des autochtones : 1 barre pendant toute la course pour le chef, 1/4 de paquet de biscuits pour Huguette… Les Béarnais, eux, avaient apporté ce qu'il fallait... et dans sa magnanime bonté, le chef nous a quand même accordé une ou deux pauses repas dans la semaine ! Il a même pris une photo pour en témoigner !

- Une nouvelle technique pour lutter contre le mal aux pieds. Vous en trouverez le descriptif et l'illustration sur notre site, dans l'article sur "les petits trucs du montagnard" (du même auteur, collection Que sais-je en montagne?, Presses Universitaires du CAF, mars 2008).

- Un enrichissement certain de la pharmacie de Saint-Martin Vésubie. Plusieurs participants ont en effet souffert d'une variété locale du MAM (Mal Aigu du Mercantour), portant notamment sur les extrémités du corps: mains (panaris), pieds (ampoules, chevilles), tête (céphalées) et produisant un état de fatigue générale. Bravo au passage à Agnès Pourquet qui a fait preuve d'une sacrée volonté pour continuer alors qu'elle était malade.

- Quelques cas de lycanthropie – le plus aigu se manifestant chez Chantal Cousturé qui poussait de longs "ouhouhouhouhouh" pour appeler ses congénères chaque fois qu'elle passait devant le parc à loup... Cas fort heureusement circonscrit par Pierre Bontour, vétérinaire du groupe.

- Une nouvelle voiture pour Danielle Descamps. L'ancienne a rendu l'âme sur l'autoroute au retour. Et de quoi faire la vaisselle pendant des mois avec sa collection d'éponges…

- Et surtout, une nouvelle règle de sécurité en montagne, définie par Roger dès le premier jour pour gérer la coexistence des raquetteurs et des skieurs: "en descente, interdiction de décaniller plus de deux raquetteurs par personne"…

Merci à tous les membres du groupe pour leur sympathique compagnie (même celle des raquetteurs !) et à tous ceux qui ont contribué  à la réussite du séjour, notamment Daniel, notre hôte, Jacky, pour les raquetteurs, et surtout Roger, chef de course patient et dévoué, et initiateur du projet. Et nouveau Mandela anti-apartheid pour le CAF ?

PS Un seul regret : on n'a pas vu la mer (juste la Corse), et les 2999 m du Guilhé, c'était quand même vraiment mesquin !







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