Carnet de route

Les Manchots aux Encantats

Le 28/02/2009 par Ghislaine de Rincquesen

Est-ce par égard pour notre ami Roger qui s'apprête à partir jouer au ballon avec les manchots aux îles Kergelen ? Je l'ignore… mais toujours est-il que c'est bien sous le signe du Manchot que démarre notre raid dans les Encantats du 21 au 28 février 2009. Pour commencer, Marie-Jeanne confond le péage automatique avec un bandit-manchot et récupère plus de 40 euros en pièces de monnaie ! Damnèd, ça va alourdir son sac, toute cette ferraille ! Ensuite, c'est au tour de Bichon qui claque la portière du minibus sur le doigt de Laurent qui, du coup, manque de devenir… manchot. Et par la suite, c'est bien une équipe de manchots que nous semblions constituer tant les maladresses s'accumulaient ! Tout s'annonçait pourtant bien, avec la neige et le soleil, et l'exemplaire maîtrise du minibus par Bénédicte sur la petite route étroite et enneigée des Bains de Tredos… Mais c'était sans compter sur l'Adapei, dont les meilleurs éléments s'étaient donné rendez-vous dans les Encantats, pour participer à un raid à skis organisé par le CAF de Pau!!!

Le premier jour, après les démêlées de Marie-Jeanne et de Laurent avec les manchots, Bichon casse la lanière de son sac avant même de partir. Heureusement, elle a son velcro magique et bricole un ersatz qui s'avère fonctionnel et efficace. Montée jusqu'au refuge de Mallafré sans encombre, via le joli chemin d'été, puis la piste.

Il y eut un soir, il y eut un matin. Deuxième jour :

Bénédicte, en tête du groupe, décide que le Subenuix ne se trouve pas dans la direction indiquée par le panneau, et nous propose une brève variante dès le départ. Plus tard, non contente de s'être fait remarquer en oubliant ses coûteaux au refuge, Jackie perd un ski dans la poudreuse. Oh, elle avait bien emporté des lanières… mais elles étaient restées dans son sac ! Merci à Martine et Hervé d'avoir cherché avec elle, pendant que le reste du groupe attendait plus bas, tentant en vain de se protéger du vent glacial. Le tout après un bon petit coup de stress à pied sur la neige instable de l'arête terminale du Subenuix. S'ensuit une petite variante en forêt dans la mauvaise neige à la descente, histoire de mettre un peu d'ambiance à cette terne randonnée… C'est tout pour cette première journée ? Que nenni ! On retrouve le sentier qui longe le lac et mène au refuge de Mallafré, mais les peaux de Marie-Jeanne ne collent pas, et puis de toute façon, ses fixations de fainéant sont gelées, et elle n'arrive pas à rechausser ses skis… J'en suis quitte pour une petite remontée pour voir ce qui se passe, pendant que Bénédicte, alias Pauseraccourcix, lasse d'attendre et frigorifiée, a déjà rejoint seule le refuge. Tout le groupe finit par arriver, mais ça n'est pas la sérénité pour autant : Hervé passe une bonne heure à chercher sa frontale, pour finalement la retrouver dans le tas de bois. Et Marie-Jeanne constate qu'elle est vraiment digne du club des manchots puisqu'elle a perdu le manche… de sa pelle !

Il y eut un soir, il y eut un matin. Troisième jour :

Marie-Jeanne, décidément très en forme, perd un coûteau dans le petit matin. Hervé le poursuit au péril de sa vie, mais en vain. Heureusement, la neige n'est pas trop dure. Tout le monde atteint le col sans encombres, manchots de l'Adapei compris. Les plus vaillants font l'ascension du Portarro d'Espot, pendant que les autres attendent au soleil à l'abri du vent. Tout irait bien si Zéline n'avait pas cassé la boucle de sa chaussure… Et si Bénédicte n'avait pas inauguré une nouvelle technique de descente : ayant constaté qu'il était plus facile de skier sans sac-à-dos, elle décide d'envoyer son sac dans la pente avant elle. Mais manque de bol, sa  technique de lancer n'est pas au point : elle se trompe sur la direction et doit courir après son sac pour le récupérer. Le soir au refuge, Marie-Jeanne, toujours contrariée par la lourdeur de son sac, décide de s'alléger encore un peu : après avoir déjà largué un coûteau et le manche de sa pelle, elle sème les lettres de son jeu de scrabble pour gagner encore quelques grammes. Certains participants irrévérencieux laissent entendre qu'elle va finir le raid en slip… Mais Dieu soit loué, la pudeur s'est avérée sauve. Et en tout état de cause, la cuisine et l'accueil hors pair du gardien du refuge d'Estany Long suffisent à ragallairdir tout le monde. Beaux éclats de rire le soir en jouant au jeu des petits papiers. Les talents de mime de Laurent se révèlent, alors que d'autres ont du mal à dissimuler leur inculture : c'est qui, Annie Famose ?

Il y eut un soir, il y eut un matin. Quatrième jour :

Morceau de bravoure des manchots de l'Adapei pour franchir le col de Contraix, seule difficulté technique du raid. Hervé, décidément grand seigneur, monte avec un seul coûteau pour laisser les siens à Marie-Jeanne, que ce surpoids ne contrarie étonnemment pas. La troupe est solidaire. Bénédicte, "tel un vaillant petit soldat courageux qui part au front", monte en éclaireur nous faire une belle trace, pendant qu'à l'arrière-garde, tout le monde s'entraide – pour surmonter ce long dévers avant le lac, pour faciliter quelques conversions récalcitrantes dans les passages scabreux, pour soutenir le moral des troupes, pour ranger les peaux des derniers arrivés pendant qu'ils chaussent leurs crampons. Bref, le groupe Adapei parvient au col skis aux pieds, ce qui n'est pas rien. La descente s'avère plus… psychologique pour certains, malgré la corde posée pour la circonstance, mais la même coopération inter-manchot règne, et tout se passe bien. L'épisode est largement immortalisé par Laurent, qui ne cesse de mitrailler l'événement, prenant ainsi le relai de Martine, nommée photographe officielle du raid. On rechausse les skis pour descendre casser la croûte un peu plus bas au soleil. En guise d'apéritif, Jackie chute et commence une longue glissade qu'Hervé tente d'enrayer en amorçant un élégant salto avant – avant de retomber en vrac lui aussi ! Le reste de la descente se déroule sans encombres. S'ensuit une brève remontée jusqu'au refuge Ventosa i Calvell. L'occasion pour le groupe de peaufiner sa technique de conversion - et de découvrir les penchants sado-masos de Martine, qui avoue qu'elle "aime bien les coups de bâtons". Autres temps, autres mœurs !!! Mais la morale est ici encore sauve : elle parlait du procédé de conversion brèveté par notre Marinette nationale, procédé selon lequel le bâton sert à amorcer la rotation du ski amont…

Il y eut un soir, il y eut un matin. Cinquième jour :

Etape "cool" pour se remettre des émotions de la veille. Il n'en reste pas moins que le club des manchots de l'Adapei sévit encore et toujours : au petit matin, Jackie tombe dans une crevasse au bord du lac. Montée sans encombre de lacs en dômes jusqu'au Port de Caldes, puis jusqu'au pic de Travesani pour une partie du groupe. Descente sur le nouveau refuge de Colomers, fidèle à l'ancien : accueil correct, mais bien moins cordial qu'ailleurs, et traditionnelle truite au menu du soir… L'étape était trop courte pour Martine. Elle part se promener seule jusqu'au-dessus du lac d'Obago dont la surface a été ornée d'un beau cœur…. Pendant ce temps, au refuge, une partie de Scrabble permet de constater que les "s" du jeu de Marie-Jeanne ont bel et bien disparu. Va-t-il falloir se rabattre sur le diabolique Uno apporté par Hervé, jeu vicieux dont il complexifie les règles à l'envie pour mieux nous humilier ? Mieux vaut se passer du morphème du pluriel !

Il y eut un soir, il y eut un matin. Sixième jour :

Marie-Jeanne, Martine et Jackie quittent le groupe pour rentrer à Pau. Les autres partent pour l'ascension du Grand Tuc de Colomers. Petit coup de stress pour monter à la Portau de Colomers, alias col Rodger, car la pente est raide et la neige y a été manifestement très ventée. On prend les précautions nécessaires, finissant à pied dans une neige étrange, sans cohésion, constituée de petits cristaux de glace. De l'autre côté, la neige a déjà bien chauffé, et parvenus à 100 m du sommet, on décide sagement d'en rester là. Petit pique-nique au soleil  fort agréable, sauf pour Bénédicte qui laisse tomber sa saucisse sèche. Comme elle veut absolument récupérer son casse-croûte, on décide de redescendre directement par la face nord, via le sympathique "couloir de la saucisse" que l'on désescalade en s'entraidant avant de chausser les skis. En bas de cette belle face, le paysage est magnifique, mais le relief "platouillard" d'un lac à l'autre. Méga pause à la cabane d'Obago, submergée par la neige. On passe plus d'une heure à en dégager l'accès, pour constater que l'intérieur est plein de neige et en piteux état. Non sans émotion, on pense au joyeux réveillon qu'on y avait passé bien au sec, en compagnie notamment de notre regretté Gérard. Vient l'heure de rentrer : sans doute frustrés de ne pas avoir fait le sommet (et moins fatigués que ceux qui ont pelleté sans relâche…), Hervé et Bénédicte nous proposent une petite variante : juste une petite remontée pour avoir une dernière belle descente dans la bonne neige jusqu'au refuge. Côté remontée, c'est réussi. Côté belle descente, on n'en dira pas autant…

Il y eut un soir, il y eut un matin. Septième jour :

Point de repos sabbatique pour notre équipe. Tout d'abord, Hervé fête ses 30 ans et reçoit une plaque de chocolat portée vertueusement jusque-là par sa chère et tendre Zéline… Ensuite, Bichon monte jusqu'au sommet de la Ratera ! Les conditions sont excellentes : après quelques hésitations pour se lancer du sommet (la pente est raide, et la fatigue commence sans doute à se faire sentir…), tout le monde savoure une belle descente sur une neige transformée cuite à point. Il faudra faire encore un petit effort pour remonter sur le dernier refuge prévu, alors on s'accorde une petite sieste, quelque peu troublée par une bataille de boule de neige. Le refuge d'Amitges est dans un cadre splendide, et jouit d'un grand confort. On passe l'après-midi sur la terrasse au soleil, on se douche (quel luxe !), on joue au jeu des petits papiers, on écoute d'une oreille à la fois agacée et amusée un autre groupe qui commente ostensiblement ses exploits de montagnards… et on se dit que, puisqu'il fait toujours aussi beau, on ferait bien un dernier petit sommet de plus le lendemain avant de rentrer…

Il y eut un soir, il y eut un matin. Dernier jour :

C'est sur le pic d'Amitges que se porte notre choix, sur les conseils de Laurent, qui connaît le secteur comme sa poche, et des sympathiques, beaux et jeunes gardiens. Ces derniers nous avaient mis en garde contre les bords du lac crevassé, mais c'est en fait la pente terminale qui s'avère la plus délicate, d'autant que la neige est dure. Bichon est restée au refuge draguer les beaux gardiens ; Laurent et Zéline s'arrêtent au col ; les autres montent jusqu'au sommet, mais Ghislaine chausse les crampons pour redescendre, tout en surveillant du coin de l'œil Hervé et Bénédicte qui ont choisi de rester à skis. Dernière petite collation au refuge. En en descendant, on croise bon nombre de raquetteurs. Une mamie terrorisée par notre passage tombe à la renverse ! Peu après, un taxi acariâtre nous ramène à notre minibus, et c'est à Espot que nous partageons le traditionnel pot de fin de raid, tous ravis et convaincus d'avoir passé une excellente semaine et joui de conditions exceptionnelles.

Laurent, Hervé, Zéline, Bichon, Jackie, Marie-Jeanne, Martine et Bénédicte, merci à tous et à chacun d'avoir su construire une ambiance hors-pair, marquée par l'entraide, l'humour et la bonne humeur. Et merci à Bénédicte et Hervé de m'avoir si bien assistée dans la conduite du groupe.
 







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