Carnet de route

Rugby ski au Cotiella

Le 03/05/2009 par Ghislaine de Rincquesen

Nous savons tous que la pratique du ski de randonnée requiert un certain nombre de qualités : savoir skier, être endurant, avoir quelques notions d'alpinisme… A la lumière de l'expérience vécue par notre petit groupe sur les pentes du Haut Aragon le week-end du 1° mai, une nouvelle compétence s'avère dorénavant indispensable : le savoir-faire d'un rugbyman. Les membres du CAF de Pau ne vivent pas dans le sud-ouest pour rien. Ils baignent dans la culture du rugby, et ont donc su mobiliser ces compétences pour former une équipe soudée et performante en la matière. C'est ainsi que l'on a vu, non pas le top 14, mais le top 10 à l'œuvre sur les montagnes du Haut Aragon, pour faire une impressionnante démonstration de rugby-ski. En voici les règles et les principes :

Tout d'abord, il faut souder l'équipe – créer le collectif. Pour ce faire, rien de tel qu'un voyage tous ensemble, de préférence dans un minibus qui pue le fromage oublié par un cafiste gastronome qui voulait à la fois tester de nouvelles méthodes d'affinage et étudier de nouveaux débouchés pour l'industrie automobile menacée par la crise économique… Ajoutez à ça quelques kilomètres de piste bien défoncée pour accéder au col de Santa Isabel, et vous avez déjà créé la solidarité nécessaire pour que l'équipe puisse faire collectivement face à la difficulté et au danger d'un adversaire coriace : les pentes du Cotiella…

Ensuite, il faut une hygiène alimentaire stricte – une hygiène qui respecte une tradition rugbystique immuable : celle de la 3° mi-temps. Pas de problème en la matière  : l'organisatrice du week-end avait tout prévu, et les bouteilles qu'elle avait apportées pouvaient chacune compter sur un ou deux remplaçants ajoutés par les piliers (de bar ou de rugby ?) pour pallier d'éventuelles défaillances... Bref, on prend un copieux apéro pour se remettre des péripéties du voyage, dans un cadre splendide, et on enchaîne sur un dîner raffiné dans une cabane.

Chez les sportifs de haut niveau du top 10, la récupération est essentielle : nous plantons nos tentes sur un matelas d'herbe tendre, et bien repus, nous nous glissons dans nos duvets pour rejoindre Morphée sous un ciel étoilé. Sauf Philippe, qui a oublié son sac-de-couchage et son karrimat… C'est pas grave ! Le collectif est toujours à l'œuvre : l'étourdi se pare du collant de l'un, enfile le pantalon de l'autre, emprunte la veste du troisième, endosse la belle doudoune rose tyrien du chef, et nous fait un défilé de mode avant de se réfugier dans sa voiture sur un matelas de vestes en goretex.

Sept heures du matin : les choses sérieuses commencent : une bonne heure de portage en guise d'échauffement. Mais l'équipe se divise… Neige ou pas neige ? Couloir de  droite ou couloir de gauche ? L'arbitre siffle les fautes. Une première pénalité pour Hervé D. et François, qui doivent remonter dans les cailloux... Une deuxième pour tous ceux qui ne suivent pas le chef et s'épuisent dans une série de conversions pour finalement chausser leurs crampons dans une position scabreuse. Mais c'est sans compter sur le génie du rugbyman cafiste : un petit crochet pour arrêter un gant qui prend la poudre d'escampette ; un tackle sur un ski épris de liberté ; suivi d'un splendide plaquage de sac-à-dos par Valérie : c'est du beau rugby, les gestes techniques s'enchaînent, fluides, efficaces, maîtrisés … Ouf ! On arrive sur le plateau, où tout le monde se regroupe et se restaure un peu. Puis, le collectif serre les dents et aborde la longue traversée du plateau. Petite mêlée de regroupement au pied du col. L'adversaire est coriace, les pentes sont raides et longues, mais à la mi-temps, l'équipe mène par 2912 mètres, et chaque joueur reçoit un morceau de gâteau au chocolat pour se requinquer.

Deuxième mi-temps : la descente. Domination très nette du top 10 jusqu'au plateau : les joueurs évoluent avec aisance sur le terrain. Ils vont même jusqu'à céder volontairement un peu de terrain pour jouir plus longtemps de la bonne neige. Mais au bout d'un moment, l'adversaire se ressaisit : arrive le passage raide. Les avants vont repérer les lieux. Ca passe bien : grâce au vent frais qui a soufflé toute la journée, la neige est stable malgré l'heure déjà tardive. Les joueurs attaquent courageusement. Mais c'est sans compter sur la fatigue. Les arrières sont sur la touche et finissent par déchausser les skis. Et surtout, François rate une conversion aval, tombe, et se transforme… en ballon de rugby qui rebondit sur les cailloux. Fort heureusement, le demi d'ouverture veille ! Hervé D. se précipite pour le plaquer afin d'enrayer sa chute. Deux ou trois roulés boulés, et au moment où le chef prend ses appuis pour ajouter son poids à la mêlée, le duo s'arrête dans la neige molle. Hervé C. reste avec les arrières, pendant que les avants encadrent François et le soignent tant bien que mal. Il s'avère que les ecchymoses des joueurs de rugby-ski se situent surtout sur les membres inférieurs, et non au visage. Mais sont tout aussi colorées…

Retour au campement. Cake et thé pour tout le monde. François repart  à Pau avec Philippe et Jackie. Les autres déménagent pour aller planter leur tente au pied du Schrader. Et se livrer avec délectation le lendemain à un autre match de rugby-ski tout aussi acharné, tout aussi grandiose, mais moins mouvementé.







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