Test comparatif DVAs 2015

Préambule

On aimerait ne jamais avoir à s'en servir, pourtant le Détecteur de Victime d'Avalanche (DVA) - autrefois appelé Appareil de Recherche de Victime d'Avalanche (ARVA) - constitue aujourd'hui un élément de sécurité indispensable à la pratique du ski de randonnée et de la raquette à neige, au même titre que la pelle et la sonde. Ce n'est, certes, qu'un des trois maillons de la chaîne, mais c'est sûrement le plus fragile compte-tenu de sa complexité d'utilisation.

 

Un appareil en constante évolution

Les DVAs n'ont cessé d'évoluer depuis leurs débuts dans les années 70 (Barryvox VS68 et Pieps 1) au sein des chasseurs alpins suisses. Autrefois mono antenne et entièrement analogique, ils se sont progressivement enrichis d'une deuxième puis d'une troisième antenne, et sont passés à l'ère du tout numérique.

 

ARVA (Nic-Impex), BCA, Mammut, Ortovox, Pieps : cinq fabricants se partagent aujourd'hui le marché des DVAs. Avec une quinzaine d'appareils disponibles pour la saison 2013-2014, l'industrie est bel et bien foisonnante. Chaque fabricant fait preuve d'imagination en introduisant, régulièrement, de nouvelles technologies. Plus d'antennes, plus d'électronique, plus de fonctionnalités. Mais au final, les performances sont-elles au rendez-vous ? Les prix sont-ils à la baisse ? Et surtout, notre sécurité s'en trouve-t-elle améliorée ?

 

Concentration des acteurs

Portée par l'essor récent du ski freeride, la sécurité est devenue un enjeu et une voie de communication privilégiée pour les grandes marques de matériel de montagne. Aussi petite soit elle, l'industrie des DVAs en a tiré profit ces dernières années, étant désormais soutenue par des poids lourds du secteur : K2 pour BCA (2013), Black Diamond pour Pieps (2012), Deuter pour Ortovox (2011).

 

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20 modèles à l'essai

Pour y voir plus clair, le Club Alpin Français de Pau a réalisé une grande étude comparative. Une opération tout-à-fait exceptionnelle de par son envergure (20 modèles* DVAs comparés, dont 17 testés). Portée selon différents angles, compatibilité analogiques/numériques, susceptibilité aux perturbations électromagnétiques (téléphones portables ou lecteurs MP3), efficacité des modes multivictimes, facilité d'utilisation... autant de points sur lesquels nous nous sommes penchés pour répondre le plus précisément possible. Chiffres à l'appui.

 

* : ARVA Pro-W, ARVA Neo, ARVA Evo3+, BCA Tracker 3, BCA Tracker 2, BCA Tracker DTS, Mammut Pulse Barryvox, Mammut Element Barryvox, Ortovox S1+, Ortovox 3+, Ortovox Zoom+, Pieps DSP Pro, Pieps DSP Sport, Pieps Freeride (toujours en vente), ARVA Link, ARVA Axis, Ortovox F1 focus, Ortovox Patroller Digital, Pieps DSP, Pieps DSP Tour (retirés du marché).

Mise en garde

Réalisée en toute indépendance, et libre de toute pression commerciale, cette étude n'engage que ses auteurs. A chacun d'en faire bon usage. Il est fortement conseillé de lire les méthodes de notation et les conditions de mesure. Afin d'être encore plus précis, nous aurions souhaité disposer d'un plus grand nombre d'appareils (idéalement 3 exemplaires pour chaque modèle) mais pour des raisons évidentes de temps et de moyen, cela nous était impossible. Les résultats des ARVA Evo3+, Mammut Pulse Barryvox et Ortovox F1 focus sont les seuls à être issus d'une moyenne. Compte-tenu des faibles disparités constatées sur ces appareils (excepté le F1 focus, lire par ailleurs), il faut toutefois relativiser cet aspect, sans pour autant le négliger. Enfin, toutes les mesures ont été consolidées par, au minimum, 3 essais successifs.

La synthèse des résultats : toute l'étude résumée en un tableau

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L'analyse des résultats : nos observations, appareil par appareil

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Le DVA, un jocker de plus, pas une assurance tous risques

Bien que cette étude soutienne le fait que le DVA est un élément essentiel pour la pratique du ski de randonnée et de la raquette à neige, il faut largement en relativiser son importance. En effet, son utilisation est à replacer dans un contexte plus global de la sécurité en montagne, bien exprimé dans les méthodes de réduction de risque d'avalanches telle celle du Suisse Werner Munter, dite aussi méthode 3x3, la plus communément utilisée aujourd'hui.

Trois antennes, un standard qui fait enfin l'unanimité

Premier critère : le nombre d'antennes. Initialement mono antenne, l'apparition d'une deuxième puis d'une troisième antenne a permis d'améliorer considérablement l'efficacité d'une recherche. Les deux premières antennes (positionnées horizontalement, mais à angle droit) sont utilisées pour les phases de recherche primaire et secondaire, tandis que la troisième (positionnée verticalement) est mise à contribution lors de la recherche finale. Cette dernière, très appréciable dans le cas d'une recherche multivictimes, limite les problèmes de « maxima secondaires ». C'est Pieps qui, le premier, a introduit une troisième antenne en 2003. Depuis, tous les fabricants lui ont emboîté le pas, avec plus de 10 ans de retard pour BCA. Pour autant, l'antenne ne fait pas tout ! Encore faut-il un algorithme de traitement de signal performant : c'est le rôle du DSP (Digital Signal Processor) (ou du microprocesseur selon les cas), composant électronique essentiel des DVAs aujourd'hui.





La recherche multivictimes

Avec l'apparition de la troisième antenne, la numérisation du signal, et par conséquent l'amélioration de la précision lors de la phase de recherche finale, une autre nouveauté non moins importante a vu le jour : le marquage d'une victime, permettant d'isoler la première trouvée pour se concentrer sur les suivantes (certains camarades s'affairant alors à sonder puis à dégager la première victime, le tout en parallèle à la poursuite de la recherche d'autres victimes potentielles).

 

Basée, non pas sur la fréquence d'émission (tous les appareils émettent à 457kHz +/- 80Hz), mais sur d'autres paramètres tels que la longueur d'impulsion ou encore le déphasage constaté entre plusieurs DVAs, le marquage d'une victime contribue à réduire significativement la durée d'une recherche et donc à améliorer les chances de survie des éventuelles autres victimes. Ce gain de temps est particulièrement salutaire lorsque l'on sait que tout se joue au cours des premières minutes, et que de surcroît, sur les 20% d'accidents de ski de randonnée comportant au moins deux victimes ensevelies, 75% se révèlent mortels (chiffres ANENA 2008-2012).

 

La fonction assurant le marquage/démarquage d'une victime a donné lieu à beaucoup d'investissements de la part des fabricants. Non sans mal. Tous, sans exception, ont rencontré des difficultés lors des phases de lancement de leurs produits. Les dysfonctionnements ont été corrigés, mais cette fonction demeure plus ou moins bien implémentée selon les modèles (cf. tableau comparatif).

Des gadgets parfois utiles

Avec l'arrivée du numérique, plusieurs nouveautés ont fait leur apparition. Deux peuvent être considérées comme des avancées significatives en termes de sécurité : la boussole (ou un dispositif assimilé) et la Smart Antenna ®. D'autres restent des gadgets parfois utiles, certes, mais sans impact sur l'amélioration de la sécurité. L'autoreverse et le W-Link sont, quant à eux, plus que discutables.

 

Autoreverse : au bout de quelques minutes (donnée paramétrable et désactivable) d'inactivité en mode recherche, l'utilisateur est averti par un son continu et il est invité à annuler le passage automatique en mode émission. Utile en cas de suravalanche, à condition que le DVA reste solidaire de l'utilisateur, ce qui est loin d'être évident et justifie le choix de Pieps de ne pas implémenter cette fonction.

 

W-Link : a pour but de pouvoir choisir la victime à rechercher en priorité grâce à l'interprétation de ses données vitales. Ces données sont transmises sur la fréquence 869.8MHz (pour la zone Europe) MAIS... la capacité de détection des données vitales diminue avec l'augmentation de l'hypothermie. De plus, il n'est pas rare en cas d'avalanche que le DVA initialement collé à la peau soit pour le moins bousculé. Tous les appareils W-Link sont compatibles entre eux.

 

Boussole : permet d'indiquer à l'utilisateur d'effectuer un 180° lorsqu'il se dirige dans une direction opposée à la victime recherchée (les autres appareils indiqueront une distance croissante MAIS aussi une flèche vers l'avant (et non vers l'arrière), ce sera à l'utilisateur de se rendre compte qu'il lui est nécessaire de faire demi-tour). A noter que certains appareils n'utilisent pas à proprement parler une boussole pour remplir cette fonction.

 

Smart Antenna ® (uniquement disponible sur les appareils Ortovox) : si le DVA est incliné de moins de 75° dans l'avalanche, l'antenne X est utilisée comme antenne émettrice, sinon c'est l'antenne Y qui est utilisée. Cette technologie permet de pallier aux problèmes de localisation de victimes dont le DVA est positionnée verticalement, affectant ainsi la portée et la précision de l'indication de direction affichées sur le DVA en cours de recherche.

 

Démarquage : en plus de marquer une victime, certains appareils haut de gamme peuvent les démarquer.

 

Fréquencemètre : en plus de l'autotest, il permet de mesurer la fréquence d'émission d'un autre DVA pour savoir s'il est défectueux. Le Pieps DSP Pro affichera par exemple « 20 Hz » avec une flèche vers la droite si l'appareil testé émet à une fréquence de 457kHz + 20Hz. D'autres appareils (notamment les derniers ARVA, Mammut et Ortovox) disposent d'une fonction « Test de groupe » qui s'assure du bon fonctionnement de l'appareil testé sans pour autant afficher la fréquence mesurée.

 

Inclinomètre : si certains veulent défaire leur DVA et mesurer une pente.

 

Scan : permet de repérer rapidement le terrain et d'avoir une indication sur le nombre de victimes dans un rayon de moins de 5m, 20m et 50m ; les Pieps DSP et DSP Pro sont, avec l'Ortovox S1+, les seuls appareils à disposer d'une telle fonction.

 

RECCO : en cas d'appareil émetteur défectueux ou non branché, et si les secours sont proches (pratique freeride notamment), vous serez peut-être retrouvé à temps grâce à cette simple puce électromagnétique couramment insérée dans les vêtements de montagne.

Le point sur les appareils testés

Alors qu'il y a 3 ans encore, peu d'appareils étaient capables de marquer une victime, c'est désormais devenu un standard, tout comme la troisième antenne. L'entrée de gamme est donc aujourd'hui un appareil numérique simple, sans cette fonction : ARVA Evo3+, BCA Tracker2, Ortovox Zoom+. Tous ces appareils sont par ailleurs simple d'utilisation.

 

Dans le milieu de gamme, on trouve l'ARVA Neo (portée excellente, bonne efficacité du mode multivictimes), le Mammut Element (portée excellente, bonne efficacité du mode multivictimes, finition la plus aboutie), l'Ortovox 3+ (portée un peu faible, des difficultés lors du marquage multivictimes), le Pieps DSP Pro (portée un peu faible, des difficultés lors du marquage multivictimes, pas de boussole), le Pieps DSP Sport (avec moins de fonctionnalités que son grand frère).

 

Dans le haut de gamme, on trouve l'ARVA Pro-W (non testé, mais il faut espérer qu'il apporte réellement un progrès par rapport à l'ancien Link dont l'affichage de données était parfois aléatoire), le Mammut Pulse (le meilleur de ce test, il excelle en tous points), l'Ortovox S1+ (beaucoup de fonctions, mais des performances un peu moins bonnes que le Pulse, notamment en termes de portée).

 

Les BCA Tracker DTS et Pieps Freeride, dont les portées sont très faibles, rendent la recherche primaire (celle consistant à capter le premier signal) plus que laborieuse dans une avalanche de taille classique. Ils sont aujourd'hui à écarter, bien que leurs prix soient très attractifs.

 

Quant à l'Ortovox F1 focus, il n'est présent dans ce test qu'à titre indicatif. C'est en effet la fin d'un règne (presque) sans précédent en matière de DVA. Il a tiré sa révérence en 2012, après 18 ans (et même 23 ans pour le F1) de bons et loyaux services. C'est un inclassable : sa portée est excellente (c'est de loin la meilleure de tous les appareils), mais les écarts de performances entre différents appareils peuvent être assez importants. Attention aux premières versions qui vieillissent parfois mal, entrainant un défaut de fonctionnement majeur (voir un cas d'incompatibilité entre analogique et numérique). Il est donc primordial de le faire réviser régulièrement en suivant les recommandations du fabricant. Enfin, étant uniquement sonore, c'est aussi celui qui requiert le plus d'entrainement pour être maîtrisé.

Un tarif toujours élevé

Avalanche de plaque dans le val d'Arrius

Malheureusement, la technologie ne fait pas (encore) tout : on constate toujours une certaine complexité d'utilisation, notamment lorsqu'il s'agit d'effectuer la recherche finale. Car si l'arrivée du numérique a bel et bien apporté une nette amélioration en ce qui concerne la recherche secondaire (celle, une fois le premier signal capté, consistant à s'approcher à moins de 5m de la victime la plus proche), la recherche finale, aussi appelée recherche en croix, n'en demeure pas moins délicate, et ce malgré le réel avantage que procure une 3ème antenne (lire les bons réflexes et ses articles connexes).

 

En d'autres termes, on pourrait simplifier le propos par un adage connu de tous : "Peu importe le DVA, il faut savoir s'en servir pour être efficace".

 

Malgré la croissance du marché, le prix d'un DVA reste toujours élevé. Il faut compter environ 190¤ pour un appareil entrée de gamme, 250¤ pour un milieu de gamme avec fonction multivictimes (dont il faut se méfier !), et 300 à 380¤ pour un appareil haut de gamme. En cas de nouvelle acquisition, le choix doit s'orienter en fonction de trois critères essentiels : la facilité d'utilisation, la portée et la performance dans des situations multivictimes. Toutefois, pour une pratique occasionnelle et encadrée, il n'est pas aberrant de choisir de faire une croix sur la fonction multivictimes. La facture sera alors allégée d'une petite centaine d'Euros.

 

Signalons enfin ce site (anglophone) très complet sur les DVA et leur fonctionnement.

15 min pour agir, c'est peu !

90% des personnes ensevelies dans une avalanche survivent si elles sont sauvées dans les 15 premières minutes. La courbe de survie s'effondre ensuite (décès par asphyxie). Il est donc capital de s'exercer régulièrement sur le terrain pour bien maîtriser son DVA afin d'être en mesure d'intervenir efficacement : le jour J, c'est vous et vos amis qui serez le maillon faible, pas le DVA ! Sans compter l'aspect prévention, et, point faible régulièrement mis en avant lors des exercices, l'organisation du secours. Le Club Alpin de Pau est à vos côtés pour cela et organise chaque année, en début de saison, une soirée "Neige et Avalanches", ouverte à tous, avec mise en pratique sur le terrain quelques jours plus tard.

 

Pau, le 27 mars 2014.

 

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Etude réalisée par Bruno Calvino. Aucune reproduction de cette étude, qu'elle soit partielle ou totale, n'est autorisée sans l'accord préalable du Club Alpin Français de Pau (http://cafdepau.ffcam.fr). Si vous souhaitez la faire apparaître sur votre site internet, merci de bien vouloir nous contacter. Nous vous transmettrons les modalités de publication.